Livre des Constitutions et Ordinations de l’Ordre des Prêcheurs (Édition de 1989)
Chapitre II : La sainte liturgie et la prière
56. [Constitution] Les frères suivront l’exemple de saint Dominique qui à la maison comme en voyage, de jour et de nuit, était assidu à l’office divin, à la prière, et célébrait avec une grande dévotion les divins mystères.
Article premier : La sainte liturgie
57. [Constitution] De par la volonté même de saint Dominique, la célébration solennelle et commune de la liturgie doit être tenue pour l’un des devoirs principaux qu’exige notre vocation. Dans la liturgie, surtout dans l’Eucharistie, est rendu présent le mystère du salut auquel, en elle, les frères ont part, qu’ils contemplent et qu’ils annoncent aux hommes dans leur prédication pour qu’ils soient incorporés au Christ par les sacrements de la foi. Dans la liturgie, en union avec le Christ, les frères glorifient Dieu pour le dessein éternel de sa volonté et le don admirable de sa grâce ; ils invoquent le Père des miséricordes pour l’Église universelle et pour les besoins et le salut du monde entier. C’est pourquoi la célébration de la liturgie est le centre et le coeur de toute notre vie dont l’unité s’enracine spécialement en elle.

L’édifice dominicain est à l’image de son esprit : chaque frère est indispensable aux autres. Il a sa place, son rôle, son mot à dire. Il doit donner sa voix en de multiples occasions, et l’ensemble ne saurait s’en passer. Chacun est d’une certaine manière irremplaçable, puisque aucun n’est fait pour survivre seul. S’il y avait trop d’absents, ou un refus de participer, l’édifice ne tiendrait pas. La responsabilité de chacun est sollicitée. Elle est impérative. Une sanction est même prévue pour celui qui négligerait de participer à une élection, tant cela paraît inconcevable. Et la sanction est caractéristique : il perdrait sa voix pour l’élection suivante !
Le rôle du prieur d’une communauté dominicaine n’a rien à voir avec l’autorité d’un abbé. On ne manque pas de le lui rappeler à l’occasion. Et ce faisant, un risque d’oublier qu’il assume cetie charge non par bonheur mais par devoir. Il n’est en rien un supérieur, au sens où on peut l’entendre dans la Compagnie de Jésus, car il n’a pas ce rôie à jouer. Son rôle est spécifique : il doit veiller à ce que soient appliquées les décisions prises en chapitre. « Ce qui doit être vécu par tous, doit être décidé par tous »
Comment séparer, par exemple, la prédication de l’évangile d’avec les vœux et leurs contraintes ? L’Évangile exige qu’on se consacre à lui, et cette consécration est au service de sa proclamation. Pourrait-on concevoir des religieux apostoliques qui n’étudient pas avec assiduité et qui ne mettent pas un point d’honneur à scruter les Ecritures et la Tradition, et la théologie, et l’enseignement de l’Église ? Et quel serait le sens de ces études, s’il ne s’agissait pas de les traduire ensuite en enseignement ? De même que seraient des prédicateurs, porte-parole du Dieu vivant, qui ne prieraient pas, qui n’auraient pas à coeur de célébrer ensemble la Parole qu’ils ont mission de proclamer ? Et cette prière chorale, liturgique, serait-elle concevable sans la volonté de la mettre en pratique dans une vie commune, fraternelle, animée par l’amour du Christ ?
La vertu de chasteté n’est pas réservée aux religieux. Chacun selon son état de vie doit respecter cette haute vertu. Celui qui est marié, s’il n’est pas tenu à la continence, doit respecter la chasteté dans la fidélité à son conjoint. Le religieux, lui, consacre à Dieu toute sa personne, corps et âme. Ce projet dépasse les forces humaines, et seuls peuvent s’engager sur cette voie, ceux qui en reçoivent la grâce : le Seigneur qui a lui-même suivi cette voie, en avait averti les siens qui l’interrogeaient sur le mariage : "il y en a qui ne se marient pas "à cause, du Royaume des deux" (Mt 19, 12).