Provincial
J'écris en bas de la grotte de la Ste-Baume, quelques jours avant de partir pour Haïti.
De sainte Marie-Madeleine à Port-au-Prince, la miséricorde de Dieu est la même. Vraiment.
Elle accompagne notre vie de prêcheur, d'abord pour le prêcheur lui-même et bien sûr pour tous les autres.
Le problème n'est pas la miséricorde en Dieu, mais la question de saint Dominique : quelle sera "ma" miséricorde?
L'incarnation de la miséricorde, si évidente chez Marie-Madeleine, plus mystérieuse en ce moment en Haïti, m'invite à méditer ses trois formes d'amour :
D'abord, la miséricorde, si spirituelle, devrait toujours avoir un "corps" aussi, donc ce concret le plus humble, une compassion physiquement fatigante, signe que le don est là, et, en face, des visages et des noms. Qu'il est triste et cruel ce beau mot évangélique de "pauvre" si je suis incapable de l'identifier avec un seul être humain vraiment proche!
Ensuite, la miséricorde, si universelle en Dieu, est plus singulière ici-bas. Car pour l'homme, au moins, la compassion est une souffrance précise dans le temps et dans l'espace. C'est sa limite et la chance de son réalisme : je ne peux pas compatir comme Dieu pour tout le monde et pour chacun ; mais c'est l'assurance que je compatis vraiment. Dis-moi pour qui tu souffres et je te dirai quel chrétien tu es.
Enfin, la miséricorde, si absolue en Dieu, capable de relations infinies, est relative et souvent impure en moi. Chez les frères prêcheurs, on comprend alors que la miséricorde soit liée à la vérité. L'effort pour dire la vérité par amour de ce qui est, est comparable à une compassion qui essaie d'être là pour l'autre sans trop encombrer la relation par ses propres problèmes. L'oubli de soi, c'est aussi l'oubli de parler (trop) de soi, autrement dit écouter.
Demander la miséricorde le jour de sa profession est d'une incroyable et merveilleuse inconscience.
fr. Gilbert Narcisse OP
Prieur provincial

Alors qu’un film hollywoodien annonçait la fin du monde pour 2012, la réalité a précédé cruellement la fiction. Mais les choses s’inversent. C’est un tout petit pays, comme autrefois Dieu avait choisi Israël, qui est dévasté et c’est le monde entier qui a ressenti une secousse dans son cœur. Ainsi le « cœur du monde », cœur du Messie crucifié, se situe soudain en Haïti.