J'écris en bas de la grotte de la Ste-Baume, quelques jours avant de partir pour Haïti.
De sainte Marie-Madeleine à Port-au-Prince, la miséricorde de Dieu est la même. Vraiment.
Elle accompagne notre vie de prêcheur, d'abord pour le prêcheur lui-même et bien sûr pour tous les autres.
Le problème n'est pas la miséricorde en Dieu, mais la question de saint Dominique : quelle sera "ma" miséricorde?
L'incarnation de la miséricorde, si évidente chez Marie-Madeleine, plus mystérieuse en ce moment en Haïti, m'invite à méditer ses trois formes d'amour :

D'abord, la miséricorde, si spirituelle, devrait toujours avoir un "corps" aussi, donc ce concret le plus humble, une compassion physiquement fatigante, signe que le don est là, et, en face, des visages et des noms. Qu'il est triste et cruel ce beau mot évangélique de "pauvre" si je suis incapable de l'identifier avec un seul être humain vraiment proche!

Ensuite, la miséricorde, si universelle en Dieu, est plus singulière ici-bas. Car pour l'homme, au moins, la compassion est une souffrance précise dans le temps et dans l'espace. C'est sa limite et la chance de son réalisme : je ne peux pas compatir comme Dieu pour tout le monde et pour chacun ; mais c'est l'assurance que je compatis vraiment. Dis-moi pour qui tu souffres et je te dirai quel chrétien tu es.

Enfin, la miséricorde, si absolue en Dieu, capable de relations infinies, est relative et souvent impure en moi. Chez les frères prêcheurs, on comprend alors que la miséricorde soit liée à la vérité. L'effort pour dire la vérité par amour de ce qui est, est comparable à une compassion qui essaie d'être là pour l'autre sans trop encombrer la relation par ses propres problèmes. L'oubli de soi, c'est aussi l'oubli de parler (trop) de soi, autrement dit écouter.

Demander la miséricorde le jour de sa profession est d'une incroyable et merveilleuse inconscience.

fr. Gilbert Narcisse OP

Prieur provincial

L’année 2010 a commencé par une soirée des plus fraternelles le soir du dimanche de l’Epiphanie. Un de ces moments précieux où la fraternité peut se manifester librement, dans la joie et dans la fête. Il est bon que ce qui se vit dans le quotidien dans cette merveilleuse vie religieuse qu’il nous est donné de vivre, puisse s’exprimer ainsi, simplement, du fond du cœur. Oui, si simplement. Quelle grâce !

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Je ne vais pas conter nos allées et venues apostoliques depuis l’automne : elles pèsent peu par rapport au séisme d’Haïti. Mais des temps forts sont à rappeler.
Le premier étage du bâtiment Lacordaire est remis à neuf, grâce aux efforts surtout de Frère Benoît-Joseph Colonval et de l’architecte Bernard Geyler : salles de conférences, bureaux du Centre Lacordaire et du Rosaire. Et des parloirs nouveaux, sur le jardin, sont disponibles depuis l’automne.
Fin septembre, les dix tableaux du Frère Kim En Joong ont été bénis et inaugurés en présence de l’artiste, du Frère Nicolas-Jean Sed et de personnalités locales. Peu après, l’autel de Patrick Chupin a été consacré par l’archevêque.

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Lettre du Fr. Carlos A. Azpiroz Costa, O.P. Maître de l'Ordre

À tous les membres de la famille dominicaine


Depuis le début, dans notre Ordre des Prêcheurs, on promeut le Rosaire non seulement comme école de prière et de dévotion, mais aussi comme un excellent médium pour la prédication.
À la suite de la Lettre Apostolique Rosarium Virginis Mariae et de la célébration de l'Année du Rosaire (2002-2003), beaucoup d'initiatives et d'activités intéressantes ont été réalisées dans les provinces de l'Ordre.

La canonisation (11 octobre 2009) du frère Francisco Coll y Guitart (1812-1875), insigne prêcheur et promoteur du Rosaire, fondateur de la congrégation des « Hermanas Dominicas de la Anunciata », nous incite à suivre son chemin d'évangélisateur, de catéchiste et de prêcheur exemplaire à travers cette dévotion si dominicaine.

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Alors qu’un film hollywoodien annonçait la fin du monde pour 2012, la réalité a précédé cruellement la fiction. Mais les choses s’inversent. C’est un tout petit pays, comme autrefois Dieu avait choisi Israël, qui est dévasté et c’est le monde entier qui a ressenti une secousse dans son cœur. Ainsi le « cœur du monde », cœur du Messie crucifié, se situe soudain en Haïti.

Comme pour Jésus, la souffrance est trois fois intense.

D’abord, ce qui se voit le plus, tel Jésus qui a souffert dans son corps, il y a les dégâts matériels. Ce béton, orgueil de nos civilisations modernes, imposé aux populations les plus pauvres, a blessé et tué des milliers de corps. Au commencement, Dieu a modelé la terre pour créer l’homme mais on impose que l’homme s’unisse à des tonnes écrasantes de béton dans lequel il n’est plus possible d’insuffler ni un souffle humain, ni un souffle divin.

Ensuite, ce qui fait le plus mal, tel Jésus dans la souffrance humaine de l’abandon, il y a la mort de l’ami. Tous nos frères haïtiens sont touchés par la mort d’un parent, parfois très proche, ou d’un ami, et plusieurs parents, et de nombreux amis. Notre compassion est précieuse et sans doute loin de la réalité vécue dans le secret des cœurs douloureux.

Enfin, ce qui est souvent invisible, tel Jésus dans l’amour de son Père et de ses frères, il y a la foi du peuple haïtien. Comme disent les journalistes, embarrassés ou par pudeur : « La foi, c’est important pour eux ». Comment le peuple haïtien a-t-il réussi le plus grand témoignage de ce début du XXI° siècle en donnant, en plein désastre, un témoignage universel de foi presque joyeuse ?

Je suis aussi impressionné par la foi de nos frères et sœurs dominicains en Haïti. Un frère haïtien me disait, alors qu’il venait d’apprendre la perte d’un proche : « Oui, quelle douleur ! Mais c’est peut-être aussi l’occasion de reconstruire en Haïti ».

Notre programme : reconstruire en Haïti.



fr. Gilbert Narcisse OP

Prieur provincial

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