Ap 14, 1-5 ; Lc 21, 1-4.
Elle a donné tout ce qu’elle avait pour vivre. Le Seigneur loue cette veuve, car derrière l’apparente insignifiance de son don, il reconnait sa propre mesure – donner tout contre tout, donner toute sa vie contre la vie reçue comme don.
Nous sommes réunis ici pour confier au Seigneur l’âme de notre frère Jean Budillon que Dieu a rappelé de ce monde après plus de cinquante ans à son service. Le fr. Jean s’est dépensé avec patience et persévérance au service de la Parole de Dieu dont il était amoureux, au service de la prédication, au service de l’unité ecclésiale, pour laquelle il a œuvré au sein d’Istina.
La mort de nos frères est une source de tristesse. Mais leur fidélité à notre vocation commune est pour nous une grande consolation. Bien plus, ce don qu’ils ont fait de leur vie est une grande joie pour le Seigneur lui-même. Nous nous réjouissons au moment de la première profession des frères, au moment de leur consécration sacerdotale, mais ce n’est qu’une joie des prémices, des commencements. La vie entière de fidélité et de service conduite à son terme doit être pour nous la source d’une joie d’autant plus grande qu’elle reflète le mystère de cœur de Dieu.
En répondant avec générosité à l’appel du Seigneur, notre frère Jean a donné sa vie à Dieu, à l’image de la veuve de notre Evangile. Il a reçu sa vie de Dieu, il l’a lui consacrée. La totalité de ce don n’était pas passagère : par la grâce du Christ il a su l’inscrire dans la durée, dans la persévérance de toute la vie au service de la Parole de Dieu. Il a cherché à suivre l’Agneau partout où il allait, soutenu par l’amitié de ses frères, poussé par la grâce de Dieu.
L’Apocalypse en parlant des rachetés qui suivent l’Agneau dit d’eux qu’ils sont irréprochables. Comment l’entendre ? Une des premières grâces de la vie religieuse est de découvrir jusqu’à quel point nous avons besoin de la miséricorde de Dieu et de celle de nos frères. C’est cela ce que nous demandons en entrant dans notre Ordre – la miséricorde de Dieu et celle des frères. Non pas l’impeccabilité, non pas la perfection apparente, mais la miséricorde. L’homme est irréprochable lorsqu’il est couvert du manteau de la miséricorde de Dieu, qui seule ne fera jamais défaut. Rendons grâce au Seigneur pour sa fidélité dans la vie de notre frère Jean, implorons aussi sa miséricorde pour tout ce qui a pu manquer à la pleine mesure de la vie divine. Il a consacré toute sa vie au Seigneur, que le Seigneur accueille ce don dans sa plénitude, qu’il reçoive notre frère dans la joie éternelle de sa miséricorde.