L’histoire
Les frères prêcheurs autrement dits « Dominicains » sont présents sur l’Hispaniola depuis 1510. Car c’est ainsi que Chrystophe Colon appela l’île qui comprend aujourd’hui Haïti et la République dominicaine. En 2010, l’ordre fondé par saint Dominique célébrera le Ve centenaire de la fondation du couvent de Saint-Domingue.
À Saint-Domingue, face à la mer, une statue haute de quinze mètres du frère Antonio de Montesinos rappelle sa prédication du quatrième dimanche de l’Avent 1511 qui défendait les Indiens Taïnos. La communauté des frères prêcheurs sous la responsabilité du vicaire Pedro de Cordoba avait mené toute une réflexion sur les mauvais traitements imposés aux Indiens en flagrante contradiction avec l’Évangile et le Droit de l’Église enseigné à l’université de Salamanque où la tradition de saint Thomas d’Aquin allait trouver un grand défenseur en la figure du frère Francisco de Vitoria (Salamanque, Espagne +1546), fondateur du droit international et précurseur de l’ONU, comme l’a rappelé le pape Benoît XVI dans son discours au siège de l’ONU à New York le 18 avril 2008.
La prédication des frères touchera le cœur de Bartolomé de las Casas qui rentrera dans l’ordre de Saint-Dominique en ardent avocat des droits des Indiens.
Plus tard, aux XVIIe et XVIIIe siècles, les frères prêcheurs des provinces françaises de Toulouse et de Paris arriveront en Haïti pour évangéliser notamment la partie sud de l’île en administrant une quinzaine de paroisses : Jacmel, Léogane, Les Cayes, l’Île-à-Vache, Verrettes, Artibonite… À l’époque il n’y avait pas d’évêque en Haïti. En 1804, le frère Le Cun était le dernier préfet apostolique reconnu par Rome. Dans une lettre envoyée en mai 1804, le frère Le Cun écrit que « plusieurs de ses confrères ont été égorgés et que toutes les églises ont été brûlées hormis trois : celles de Port-au-Prince, de Saint-Marc et des Cayes, enfin qu’il ne reste dans le pays qu’un seul frère prêcheur, curé à Saint-Marc ».
Aujourd’hui
À partir de 1955, de jeunes Haïtiens ont demandé à entrer dans l’Ordre en France. En 1973, plusieurs frères se sont installés à Verrettes dans le diocèse des Gonaïves et postérieurement à Pierre-Payen où nous avons fondé une nouvelle paroisse en 1996. En lien avec les sœurs dominicaines, nous avons développé l’école presbytérale et les services d’un dispensaire. Suite à une agression à main armée en septembre 2008, les frères se sont installés dans une maison à Saint-Marc tout en desservant la paroisse de Pierre-Payen.
Depuis le mois d’octobre 2008, une communauté de frères a été accueillie par les sœurs de Saint-Joseph-de-Cluny à Sainte-Rose-de-Lima, dans le centre de Port-au-Prince. À partir du mois de janvier 2010, la communauté de frères sera dans une maison du quartier de Pacot dans la capitale.
Une équipe de frères a été constitué en France pour trouver des fonds : Haïti est l'un des pays les plus pauvres au monde et l'apostolat des frères ne reçoit que peu de choses en contrepartie. 80% de la population vit en-desous du seuil de pauvreté. L'Église aide les gens à vivre et à survivre…
Aujourd’hui, les frères assurent l’aumônerie de Sainte-Rose et de l’école Rosalie Javouhey. Le frère Jean-Weber Eugène, supérieur de la maison Saint- Dominique, a pris en charge les cours de catéchèse aux élèves de seconde et première. Pour ma part, j’assure le cours de catéchèse en terminale.
Le frère Charles Moïse, outre ses cours de langues bibliques et de Bible au Grand Séminaire, au Ciffor, à l’ETL et à l’OCA, s’occupe de la fondation Montesinos dont l’objectif est de contribuer au reboisement d’Haïti avec des enfants démunis vivant dans les rues. Le frère Jean-Weber Eugène assure l’enseignement de la théologie spirituelle. En ce qui me concerne, j’enseigne la théologie au CIFOR, à l’ETL et à l’OCA.
Le frère Ernest Charlot travaille à la pastorale universitaire de Port-au-Prince. Il accompagne aussi le travail catéchétique au Collège de la Charité Saint-Louis. D’autres frères travaillent à Port-au-Prince et à Fort-Liberté. Des sœurs dominicaines exercent leur apostolat dans la capitale et au Cap.
Dans le cadre de la spiritualité dominicaine, nous sommes en train de lancer les Équipes du Rosaire en Haïti : communautés de prière mariale habitées par un esprit missionnaire qui se réunissent une fois par mois au domicile de l’un des participants pour prier la Parole de Dieu avec la Vierge Marie. Le Mouvement de la Jeunesse dominicaine internationale regroupe déjà à Port-au-Prince des jeunes (étudiants et jeunes professionnels) désireux de partager l’idéal de contemplation et de prédication de saint Dominique.
Comme aimait à le rappeler Mgr Pierre Claverie, dominicain, évêque d’Oran, assassiné sur sa terre d’Algérie, les frères prêcheurs sont appelés à vivre la mission en dialogue, bien au-delà de la simple tolérance envers ceux qui sont différents de nous. C’est aux frontières de notre société et sur ses lignes de fracture que nous œuvrons à la réconciliation entre riches et pauvres, protestants et catholiques, Haïtiens et Dominicains de la République dominicaine …
Sur son lit de mort, saint Dominique a rassuré ses frères éplorés en leur promettant qu’il leur serait plus utile au Ciel que sur la terre. Aussi nous nous confions à sa prière.
fr. Manuel Rivero o.p.
Vicaire provincial
Site Internet du Vicariat d’Haïti : http://haiti.dominicains.com
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