Port-au-Prince, le 18 janvier 2010 (8h30).

Bonjour,

La terre continue de trembler. Des secousses réveillent l’angoisse de tous ceux qui ont vécu le traumatisme du 12 janvier. Beaucoup de cadavres ont été enlevés des rues mais beaucoup d’autres les ont remplacés sur la voie publique. Samedi après-midi, à Pétionville, j’ai vu un cadavre en flammes. Signe de révolte et de peur envers les épidémies.

Beaucoup de bidonvilles se sont effondrés. A Canapé-Vert, le glissement du terrain a emporté pratiquement toutes les maisons d’un quartier. Nous voyons moins que d’habitude la police et les forces de l’ONU. Ils ont été eux-mêmes éprouvés dans leurs corporations et leurs familles. Rares sont les familles sans morts, sans disparus ou sans blessés.

Certains me demandent : « Que font les prêtres et les religieuses en ce moment ? » L’Église souffre dans ses personnes et dans ses bâtiments. Hier dimanche peu de chrétiens ont pu célébrer la messe à Port-au-Prince. Ici, à Sainte Rose de Lima, où chaque dimanche cinq personnes se réunissent pour louer le Christ ressuscité, la chapelle s’est effondrée.

Nous avons célébré la messe en avec les religieuses et quelques laïcs dans la cour de l’école. L’église du Sacré-Cœur, importante paroisse qui rassemble des milliers de personnes, est en ruine. La cathédrale est inutilisable. La paroisse « Saint Louis roi de France » n’est plus en mesure d’accueillir des fidèles. Le père Jean-Baptiste, montfortain, maître des novices, y est décédé mardi dernier.

Quant aux écoles, l’école Sainte Rose de Lima a été très endommagée. Il faudrait du temps pour la reconstruire et la remettre aux normes de sécurité. Le noviciat des sœurs de Cluny ne peut plus être habité. La toiture s’est effondrée sans faire grâce à Dieu des victimes. D’autres écoles sont complètement détruites ou inutilisables. Beaucoup de religieux et de religieuses sont morts. Tous prennent soin des blessés de la congrégation et des laïcs proches. Le collège Saint Louis-Gonzague, prestigieux établissement catholique à Port-au-Prince, s’est aussi effondré. Un frère de la congrégation (Frères Instruction Chrétienne) est mort et un autre se trouve sous les décombres. L’école Rosalie Jaovuhey –j’en suis aussi l’aumônier- proche du bidonville de Saint Antoine est fissurée. Les maisons du bidonville sont les unes sur les autres. Désolation ! Plusieurs enfants avec qui j’ai parlé la semaine dernière sont morts et enterrés. Quelle tristesse de voir la vie, la joie et la beauté ensevelies en quelques instants et répandre le parfum de la mort.

Beaucoup de personnes sont accueillies dans les écoles et les paroisses catholiques, surtout pour la nuit car nous continuons de dormir à la belle étoile. La nourriture est limitée pour tous et les congrégations n’ont pas de stock pour nourrir des centaines de milliers de personnes. Seulement les états et les organismes internationaux peuvent agir en ce sens. Dans chaque établissement catholique se vit le partage de nourriture et dans la mesure du possible ceux qui ont des blessures sans gravité sont soignés par les sœurs ou par les médecins amis.

Et la foi dans cette épreuve ? Une religieuse a perdu sous les décombres sa sœur enceinte et sa petite nièce. Elle continue de s’exclamer bouleversée : « Pourquoi, pourquoi ? » Le mystère de la souffrance nous conduit au Christ qui n‘est pas venu expliquer le problème du mal mais l’habiter et le vaincre. Malgré tout, la prière demeure joyeuse et fidèle. Certains attribuent ce malheur à un châtiment divin ou à un pacte passé avec le diable. Jésus n’a jamais envoyé la maladie ni la mort à ses contemporains. Les chrétiens n’ont pas à redouter non plus le diable vaincu dans la Résurrection du Christ.

Nos lieux d’enseignement théologique ou d’aumônerie sont presque tous détruits ou très abîmés : CIFOR centre de formation théologique pour els religieux, le grand-séminaire, le collège Sainte Rose de Lima … Il faudra tout reconstruire. Il y a les besoins immédiats de nourriture et d’eau. Il y a le défi de la reconstruction du pays et concrètement des églises, des écoles et de centres de formation théologique.

En me confiant à votre prière avec mes frères dominicains, je vous redis ma gratitude.

Fr. Manuel Rivero O.P.

Vicaire provincial